« … Car la cuisine est l’art français par excellence,
Le seul art dans lequel, depuis quatre cents ans, nos
compatriotes n’eurent jamais de rivaux. »

Deux cents pages… C’est trop ! Non ne les lisez pas !
Éloignez ce calice avec un noble geste :
Ne faites pas, Madame, un repas indigeste;
Mieux vaudrait jamais ne plus faire un seul repas !

N’allez pas, cependant, condamner, sans débattre,
Un livre dont le poids, après tout, est normal :
Le seul aspect des deux cents pages vous fait mal !
Soit ! N’en parcourez qu’une… ou deux… ou trois… ou quatre !

Les vastes appétits de princesses, jadis,
Eussent en se jouant absorbé tout l’ouvrage ;
Sans l’imiter, Madame, honorez leur courage :
Deux cents pages, c’est trop ; prenez-en huit ou dix !

Un jour, – la Gourmandise étant de vertu française, –
Après avoir glané ça et là quelques mets,
Vous deviendrez vaillante et voudrez désormais
Lire, – pas deux cents pages, non !… mais quinze ou seize !

Et vous en lirez trente, et vous en lirez cent,
Et puis vous apprendrez par cœur tout le volume,
Si bien qu’à l’heure exquise ou le fourneau s’allume,
Vous improviserez un menu ravissant.

Un menu ; … c’est le plus adorable poème :
C’est le plus délicat des chef-d’oeuvre; c’est la fleur
Qui, seule, unit à son parfum ensorceleur
La saveur idéale et la beauté suprême.

Et cette fleur, Madame, obtient tous les succès,
Tous les bonheurs humains se résument en elle,
Voulez-vous la cueillir, dans sa grâce éternelle !…
Voici les clefs du grand jardin de l’art français

Londres, 12 mars 1914.

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